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Et partout on nous parle des bonnets rouge de Bretagne mais qui étaient ils ?

Suis allez voir sur les conseils de Guillaume Duval Alter Eco un article nous le rappelant sur le site Identité bretonne : http://identitebretonne.free.fr.

ouvert à tous ceux qui aiment la Bretagne.

Alors c'est mon cas et je vous en fait profiter.

Qui étaient les bonnets rouges de 1675 ?

vendredi 1er novembre 2013

Au risque de décevoir, on n’en sait rien. Des paysans aisés ? Des paysans pauvres ? Les deux à la fois ? Faute de documentation, l’historien de la Bretagne reste sans réponse.

La révolte des Bonnets rouges ou du papier timbré de 1675 est aussi nommée la révolte des Torreben, soit en breton ceux qui cassent la tête.

En 1675, cela faisait plus dix ans que Louis XIV régnait seul sur son royaume de France, menant grand train : construction du château de Versailles dans un domaine de 8.000 hectares, qui coutera la vie à plusieurs dizaines d’ouvriers, cour la plus fastueuse d’Europe (10.000 courtisans) et surtout guerre avec toute l’Europe (guerre dite de Hollande à partir de 1672). Louis XIV est un monarque absolu, jaloux de son apparence et de son pouvoir, qui veut tout contrôler et pour cela il est secondé par le clan Colbert et le clan Le Tellier, clans originaires de l’Est du royaume qui sont parvenus à écarter le breton Nicolas Fouquet, mort en prison. Louis XIV a besoin d’argent et de beaucoup d’argent. Le numéraire vient à manquer. Les prix s’effondrent. Par contre, les propriétaires des terres, eux aussi à la recherche d’argent pour être présent à la Cour, augmentent le prix des baux et sont de plus en plus exigeants sur les rentes dues en nature et en argent. En Bretagne, le roi ne fait pas ce qu’il veut… normalement. Il se heurte aux droits de la Bretagne de lever elle-même l’impôt (par l’intermédiaire des Etats de Bretagne, institution composée de nobles, d’ecclésiastiques et de représentants des grandes villes bretonnes) et cela depuis l’Edit d’Union de 1532.

Malgré la situation très difficile, le roi décide de lever de nouvelles taxes indirectes, sur le papier timbré (avril 1674), soit les actes juridiques, sur la vente du tabac et sur la vaisselle de l’étain (septembre 1674). En Bretagne, la prise de contrôle des agents du roi sur le tabac entraîne la totale désorganisation de la vente. On ne trouve plus de tabac ou il est très cher. La vaisselle d’étain est très utilisée, par tous. Afin d’éviter la création de taxes, les Etats de Bretagne avait offert en 1673 au roi un « don gratuit » de 6,3 millions de livres, soit trois fois plus que d’habitude. L’année suivante, Louis XIV fait passer en force les nouvelles taxes. Les Etats sont désavoués. Les principales villes bretonnes connaissent des émeutes, à Rennes, à Nantes, à Fougères, à Dinan. En juin 1675, le gouverneur de Bretagne, le duc de Chaulnes, est assiégé dans son manoir nantais tandis que l’évêque de Nantes est pris en otage. A la même époque, la Basse-Bretagne est touchée. Morlaix, la baie de Douarnenez jusqu’à Châteaulin et Daoulas, le pays bigouden, Guingamp, Carhaix et le Poher connaissent des émeutes antifiscales. Les cités du duc de Rohan, Landerneau et Pontivy, sont aux mains des révoltés. Les côtes bretonnes se sont révoltées car elles sont durement touchées par les tarifs douaniers décidés par le roi, mais aussi par le fait que la guerre maritime entre la France et les Provinces Unies (actuels Pays-Bas) ruine le commerce.

Il est incontestable que la rébellion est la plus violente dans le Poher. Pourquoi ? Le Poher est alors une région de grande propriété seigneuriale dotée d’un système très particulier : le domaine congéable. Le bailleur possède le sol et les arbres nobles (hêtres et chênes) et le fermier ou domanier, les édifices et les superficies, soit les bâtiments, les talus et les autres arbres. Le bailleur peut donner congé au domanier après lui avoir remboursé les édifices et les superficies dont la valeur est estimée devant notaire. Le bail était de neuf ans, passé devant notaire. Justice des seigneuries et notaires ne chômaient donc pas. Celle de Locarn traitait 25 affaires par jour. Il est clair que l’augmentation du prix du timbre fiscal entraînait un surcoût quasi intolérable. Par ailleurs, la communauté villageoise y était puissante face à des seigneurs souvent absentéistes, occupés à la Cour du roi, et de plus en plus exigeants. Si dans le pays bigouden, les révoltés prirent comme symbole de ralliement le bonnet bleu, ceux du Poher portèrent le bonnets rouges oubonnedoù ru.

Les bonnets rouges eurent pour chef un jeune notaire, Sébastien Le Balp, né à Kergloff, fils de meunier. Il aurait aidé la marquise de Tymeur, grande propriétaire et tante du marquis de Sade, à tromper ses paysans qui finirent par gagner leur procès, mais lui seul fut emprisonné. Libéré en 1675 faute de preuve, il est ruiné, mais a tout de même conservé la sympathie des paysans qui savent qu’il n’a été qu’un bouc-émissaire. Il a autour de lui 6 000 bonnets rouges. Les archives des châteaux et des manoirs sont brûlés. Les nobles, comme les moines de l’abbé de Langonnet, doivent renoncer de force à leurs droits devant notaires. Il y a des morts, surtout parmi les commis et les intendants seigneuriaux. Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, doit arriver en septembre dans la région avec 6 000 dragons, ceux là mêmes qui ont ravagé le Palatinat allemand. Le Balp veut alors organiser la défense et est rejoint, à l’appel du tocsin, par 30 000 paysans de la région. Il sait que des navires hollandais, ennemis de Louis XIV, sont au large de Morlaix et pourraient l’aider.

Et là, le comportement de Sébastien Le Balp est étrange. Il rencontre le mari de la marquise de Tymeur, celle-là même qui fut la cause de sa ruine. Ce mari, le colonel de Montgaillard, est un militaire languedocien qui s’est distingué récemment au service de Louis XIV. Il fait croire à Le Balp et aux bonnets rouges de ne pas se rendre à Morlaix car il y aurait des troupes royales, ce qui est faux. Se rendant compte de la supercherie, Le Balp et ses hommes incendient en partie le château de Tymeur en Poulllaouen. Cependant, Le Balp se retrouve à minuit, le 2-3 septembre, dans une chambre du château avec Montgaillard et son frère et c’est ce dernier qui passe son épée dans la gorge de Balp. Les deux nobles s’enfuient. Balp sera inhumé à Kergloff. Les Bonnets rouges semblent alors désemparés.

Le duc de Chaulnes arrive et la répression commence dont on ne sait pas grand-chose car Louis XIV ordonnera plus tard la destruction des archives. Le corps de Le Balp est exhumé. Il a droit à un procès et il est condamné à être rompu sur la roue. Les pendaisons sont nombreuses et alourdissent, selon les termes de Chaulnes, les arbres. Certains sont condamnés aux galères, soit à la mort lente. Les viols et les vols sont monnaie courante car les dragons du roi, qui vivent chez l’habitant, se comportent comme s’ils étaient en pays ennemi. Les paroisses du Poher doivent payer de très lourdes amendes. La noblesse du Poher déserte la région pour rejoindre d’autres propriétés surtout sur les côtes léonardes. Dans le pays bigouden, on décapite les clochers, signe infamant. Louis XIV en profite pour asseoir son pouvoir en Bretagne. Chaulnes considéré comme trop timoré est remplacé par le bâtard du roi qui n’est alors qu’un enfant. Ce sont des Intendants du roi qui gouvernent. Les Etats de Bretagne ne peuvent plus négocier et doivent payer. La Bretagne est soumise, d’autant plus que des missionnaires jésuites s’activent.

De cette révolte, il reste le fameux code paysan redécouvert au XIXe siècle par l’historien Arthur de La Borderie. Pour Alain Croix, cette révolte préfigure la Révolution française et montre l’affrontement de la bourgeoisie et de ses alliés à l’Ancien Régime. Il relie la révolte à l’opposition entre l’économie bretonne, maritime et ouverte au monde, et l’économie du royaume de France, dominée par les intérêts continentaux et par le colbertisme. Force est de constater, comme Joël Cornette, qu’il y a similitude entre les régions de la révolte de 1675 et les régions républicaines durant la Révolution.

Frédéric Morvan

CHB-KIB

Et en plus Gilles Servat vient de sortir un nouveau CD

Tag(s) : #lecture

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