Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Brazza ? Quel rapport ?

Le rapport Brazza enfin publié après un siècle. Crimes coloniaux, secrets d'Etat.

Il est toujours bon de se retourner vers son passé pour mieux le dépasser.

Quand aux bienfaits de la colonisation, la lecture du rapport Brazza parle de lui-même.

La colonisation a bien été une entreprise d'exploitation sans limite, de cruautés sur les populations indigènes sans autre but que le pillage des richesses.

Au mépris de la « mission civilisatrice ? » des Impérialismes occidentaux qui n'en a été que le cache sexe, malgré, on veurt le croire, la sincérité d'homme comme Brazza (bio en annexe).

Je vous communique ce rapport accablant qui se situe dans la période ou notre clown Chocolat a commencé à rencontrer des difficultés dans ses engagements professionnels. Dans le climat de tension raciale, religieux et politique à l'époque, Chocolat dérangeait parce que noir, les directeurs de salles de spectacles, soit parce qu'il encourageait les propos racistes, soit au contraire il choquait les antiracistes.

Regardez cette image tirée de l'assiette au Beurre (le Charlie hebdo de l'époque), la position des danseurs de cake-walk, est sans ambiguïté. (voir article dans le blog http://assopourquoipas33.over-blog.com/2014/05/georges-melies-et-chocolat.html)

Ils dansent sous la menace des fusils.

Cela résume bien la position de Chocolat, qui a dansé toute sa vie sur un fil.

Chocolat dansait sur un fil

Chocolat dansait sur un fil

Brazza ? Quel rapport ?

Le rapport Brazza. Mission d’enquête du Congo : rapport et documents (1905-1907)
Préface de Catherine Coquery-Vidrovitch, postface de Pierre Farbiaz
Edition Le passager clandestin, mars 2014, 19 euros.

Article publié par campvolant in histoire et colonies


Le 5 avril 1905, Pierre Savorgnan de Brazza embarque à Marseille pour sa dernière mission en Afrique. « Explorateur visionnaire » et « piètre administrateur » (1) du Congo français (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari) jusqu’en 1897, remercié pour absence de souplesse face aux intérêts coloniaux privés par le ministre des Colonies, il a été rappelé par le gouvernement français pour mener une urgente mission d’inspection « extraordinaire » dans cette colonie qu’il connaît si bien.

Dans des « instructions strictement confidentielles » adressées à Brazza, le ministre des Colonies écrit qu’il y a certes « lieu de craindre que l’établissement de la domination française n’ait été marqué quelque fois par des excès ». Des « excès », c’est-à-dire des crimes coloniaux, que la presse métropolitaine vient du reste de révéler : c’est l’affaire « Gaud et Toqué », tout particulièrement, qui a motivé la décision d’envoyer l’honnête Brazza sur les lieux. Mais dans l’esprit de ceux qui l’ont désigné, il s’agira évidemment pour lui de « démontrer que le Congo français restait irréprochable », à l’inverse du Congo belge dont une campagne internationale vient de dénoncer avec fracas le régime de terreur abominable qu’il inflige aux indigènes.
C’est pour couper court à toute campagne de ce genre, dont les rivaux de la France s’empresseraient de profiter, que doit se faire cette inspection. Elle a tout pouvoir. Six mois durant, Brazza et son équipe travaillent d’arrache-pied, sillonnant en tous sens l’immense territoire largement « concédé » au compagnies privées, amassant témoignages et rapports en dépit de toutes les obstructions.

Sa mission terminée, Brazza, rentrant en métropole, meurt à l’escale de Dakar le 14 septembre 1905.

Osons le dire, cette disparition n’est sans doute pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Y compris parmi ceux qui vont communier aux obsèques solennelles de ce héros national. Sa disparition facilite en effet ce qui doit advenir : l’étouffement pur et simple du « rapport Brazza » par le gouvernement français.

L’affaire Gaud et Toqué est encore, à ce moment, dans toutes les mémoires. De ce scandale, rappelons notamment que Fernand Gaud, commis des affaires indigènes, surnommé « la bête féroce » par les dits indigènes avait, pour fêter le 14 juillet, fait exploser un prisonnier africain en lui introduisant une cartouche de dynamite dans l’anus. Cela lui valut au tribunal de Brazzaville une peine de cinq ans, ramenée à deux, au grand dam des Blancs de la colonie selon lesquels c’était encore trop.

Brazza ? Quel rapport ?
Brazza ? Quel rapport ?

Une cruauté isolée, un simple accès de « soudanite » aiguë (2) ? Pas du tout.
Dès son arrivée, Brazza enquête sur l’affaire des « femmes de Bangui ». 58 femmes et dix enfants ont été pris en otage par un autre commis aux affaires indigènes, Culard, « pour obliger les hommes à récolter le caoutchouc de la Compagnie concessionnaire de la Lobaye (32 400 km2) afin de s’acquitter de l’impôt « en nature ». Et on comprend que la pratique est courante. Les camps d’otages sont nombreux. A Krébedjé, Brazza repère une autre prise d’otage : 119 femmes, séquestrées pour les mêmes motifs : trouver de la main-d’œuvre aux Compagnies, ou des porteurs, faire payer l’impôt en nature. Le scandale vient ici de ce que l’on a laissé mourir de faim 45 de ces femmes et deux de ces enfants. Les corps ont été jetés dans le fleuve. Et le gouverneur Gentil lui-même, représentant de la République, couvre ces pratiques.

Survient le scandale de la M’Poko (concession de 43 000 km2), en Oubangui-Chari (future Centrafrique). Un jeune administrateur stagiaire, Gaston Guibet, a osé le dénoncer : « La M’Poko fut convaincue d’un millier de meurtres ». Le directeur de cette compagnie tue à la chicotte (fouet de cuir).
« Des hommes armés étaient installés dans tous les villages et pratiquaient séquestrations d’otages, châtiments corporels et exécutions » écrit Catherine Coquery-Vidrovitch. L’instruction dénombre 750 meurtres certains, plus 1500 probables. Aucun des 27 Blancs inculpés n’est finalement condamné. Les exécutants africains, quant à eux, prennent de 5 à 20 ans de travaux forcés.

On l’aura compris, même s’il est élaboré par d’ardents partisans de la colonisation, même si ces derniers n’ont de cesse de « charger » les compagnies concessionnaires pour mieux blanchir l’administration coloniale, même si la parole des Africains pourtant largement recueillie y pèse bien peu face à celle des Européens, ce rapport, alors comme aujourd’hui, est absolument accablant. Et il n’y est pas question de simples « excès », mais bien d’un système reposant sur le crime de masse. Le système colonial.

Brazza ? Quel rapport ?

La Compagnie Gratry-M’Poko (43 000 km2)

« La décision finale fut donc d’enterrer le rapport ; l’affaire en resta là. Le 7 mai 1907, sur proposition du directeur des Affaires d’Afrique, Louis Binger, il fut décidé d’en imprimer « 10 exemplaires numérotés et destinés à demeurer confidentiels » sur le budget général du Congo français. On prévit d’en remettre un exemplaire au ministre (…) et d’enfermer les neuf autres dans le coffre-fort du ministère ». (C. Coquery-Vidrovitch).

Plus de cent ans après, il est enfin public.

Camp-Volant

(1)Toutes les citations viennent de la préface de Catherine Coquery-Vidrovitch
(2)Voir sur cette maladie coloniale imaginaire : Elikia M’Bokolo

On peut lire en ligne la thèse de C. Coquery-Vidrovitch:
Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires

1898 -1930.http://books.openedition.org/editionsehess/359

Brazza ? Quel rapport ?

Savorgnan de Brazza, un destin héroïque et cruel qui résume les ambiguïtés de la colonisation.
Descendant d'une illustre famille italienne qui comptait un empereur romain, des doges vénitiens, un condotierre, de grands voyageurs... Pietro di Brazza-Savorgnan fut un enfant rêveur. Au sein de la prestigieuse bibliothèque familiale, il lisait avec avidité romans d'aventure, récits de voyage, étudiait mers et continents et s'abîmait dans la contemplation des cartes. Le continent africain surtout l'attirait avec la grande tache blanche des terres inconnues. Très tôt il décida qu'il serait marin et partirait à la découverte des régions encore inexplorées de l'Afrique. Il fit l'Ecole Navale de Brest et choisit la nationalité française après la défaite de 70. Remonter le cours du fleuve Ogooué, atteindre le fleuve Congo, pénétrer à l'intérieur des terres, tel est le projet qui le hante et qu'il va mener à bien au cours de plusieurs expéditions, au prix de mille difficultés et souffrances. Contrairement à son rival Stanley qui progressait avec armes et dynamite, l'humaniste Brazza fut un homme de paix qui respecta les peuples rencontrés et privilégia la palabre au fracas des armes. Avec le roi Makoko chef coutumier des Batékés, il signa un traité qui permit l'établissement français de Nkuna sur le Congo, future Brazzaville. Illuminé pour les uns, utopiste pour les autres, Brazza consuma sa vie pour ce qu'il croyait être la mission civilisatrice de la France. Son intégrité morale lui vaudra d'être écarté par ses adversaires de l'administration du Congo Français qui sera alors mis en coupe sombre par de grandes compagnies concessionnaires. Lors d'une ultime tournée d'inspection, abattu par les exactions constatées au Congo qu'il avait contribué à ouvrir à la colonisation, épuisé par ses souffrances physiques et morales, Brazza mourra sur le chemin du retour. "Une mémoire pure de sang humain" telle est son épitaphe. A la demande de sa famille, il repose depuis 2006 à Brazzaville où son mausolée suscite de vives controverses

.

Tag(s) : #lecture

Partager cet article

Repost 0