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Rencontres de blois
Rencontres de blois
Je vous fais profiter d'une polémique d'historiens, sur la pensée, devenue dominante d'un homme passant pour être de gauche et qui au nom d'une "neutralité" intellectuelle a glissé vers une politique ouvertement réactionnaire.

Cette vision de l'Histoire "en reculant" , s'illustre à l'occasion des 17e Rendez-vous de l'histoire de Blois, qui se tiennent du 9 au 12 octobre sur le thème des rebelles.

L'historienne Ludivine Bantigny et quelques autres ont claqué la porte du conseil scientifique des Rendez-vous de l'Histoire. La page qui leur était consacrée a été blanchie, je vous en fais profiter ci dessous.

Cette polémique n'est pas neutre. Ce n'est pas qu'une question d'intellectuels désincarnés car en ces temps ou l'on voit envahir nos rues par des traditionnalistes de tout bord, des pseudos écrivains réacs à la Zemmour, où sa vulgarité raciste et sexiste déborde des médias, qui au nom du tout est permis organisent le triomphe d'une pensée réactionnaire.

Cette nostalgie, ce désir refoulé d'un retour en arrière, le passé comme valeur refuge (religieux, politique et culturel) mythifié, s''incarne aujourd'hui chez certains intellectuels comme Marcel Gauchet qui évacuent entre autre la question sociale et nous délivre leur pensée relookée fin XIXème siècle pour mieux nous mystifier.

Le philosophe Marcel Gauchet, a prononcé la conférence inaugurale de ses rencontres, il en est le centre, un aveu de ce qu'on appelle le "politiquement correct" ou "la pensée dominante". Lire l'aritcle joint publié par Médiapart.

Un collectif d'historiens lui reproche d'avoir pris des positions « sexistes et homophobes ». Que révèle cette fronde sur l'état du débat intellectuel en France ?
  • Marcel Gauchet : Une guerre des idées qui ravive la bataille de la « pensée 68 », Par Nicolas Truong
  • Marcel Gauchet : « L'anti-conformisme est devenu la norme », propos recueillis par Nicolas Truong et Gaïdz Minassian
Marcel Gauchet s’exprime pour la première fois publiquement depuis les attaques lancées à son encontre par un collectif d’historiens qui dénonce l’organisation des Rendez-vous de l’histoire de Blois.
  • Contre « le coup de force » de Marcel Gauchet par Stéphanie Sauget, Michèle Riot-Sarcey, Guillaume Mazeau, Eric Fournier, Laurence de Cock, Claire Blandin, Ludivine Bantigny etJulien Théry (Les auteurs de cette tribune sont historiennes et historiens, et signataires de l’appel « Blois 2014: une question d’éthique »)
Il ne s’agit pas d’intenter un procès contre l’homme Marcel Gauchet, insistent les signataires de cette tribune. Mais comment admettre que le conseil scientifique des Rendez-Vous de l’Histoire n’a même pas été consulté dans le choix de lui confier la conférence inaugurale ? Le problème est éthique et politique.
L'histoire comme champs de bataille (Ucello de Toscane)

L'histoire comme champs de bataille (Ucello de Toscane)

Ludivine Bantigny
Ludivine Bantigny
Le texte de Ludivine Bantigny :

"Esclaves brisant leurs chaînes, paysans et ouvriers insurgés, peuples révoltés, réfractaires et résistants, anarchistes et féministes, artistes avant-gardistes… Les rebelles, par-delà leur extrême diversité dans le temps et l’espace, ont du moins un point commun : le rejet d’un ordre imposé et supposé partagé qu’ils voient comme une domination, voire une sujétion. Tour à tour valorisée, raillée, stigmatisée voire criminalisée, la rébellion dit bien l’envers des sociétés. Car elle expose tout ce qu’il y a de convention et de conservation, d’obéissance et de soumission, de normes auxquelles il faut être conforme, dans un système qu’elle veut briser. C’est en cela qu’elle est une menace, et doublement : elle entend mettre à bas un monde honni et dans le même mouvement elle en arrache le masque, le divulguant à lui-même. En ce sens, elle apparaît comme un dévoilement. Ainsi la rébellion qui souvent part de la marge, de bas-fonds, de minorités, finit-elle bien souvent par attaquer le cœur même d’un système. Et les imaginaires contestataires qu’elle dessine sont autant de projets de société rompant avec le tout-venant de ce qui va de soi, pour mieux révéler en quoi, justement, il ne va pas.
La rébellion peut se faire transgression, insoumission, insubordination : elle est tantôt mutinerie dans une armée, indiscipline dans une institution, dissidence dans une organisation, solidarité face à la répression. Elle a ses moments : hérésies, jacqueries et pirateries, révoltes et insurrections, révolutions… Elle a ses formes et ses gestes, sa geste même : violences, grèves, occupations, illégalismes, quand prendre les armes devient plus que légitime – nécessaire et obsédant. Car elle a aussi ses affects et ses sentiments ; si l’amour n’est pas le seul « oiseau rebelle », il y faut en tout cas beaucoup d’émotions : courage, honneur, admiration, aversion et détestation, la rébellion est aussi affaire de passion.
Est-elle vouée à la récupération ? Elle en est du moins souvent menacée, comme l’illustre encore récemment le lancement d’une marque de vêtements, « belles et rebelles ». Tant de procédés visent en effet à instrumentaliser les rébellions en faisant mine d’en reprendre la lettre, mais négligent radicalement leur esprit, jusqu’à le retourner contre lui. On peut ainsi faire le récit de tous les moments où la rébellion devient banalisée et ritualisée. Il est aussi des rébellions paradoxales : que deviennent les rebelles lorsqu’ils accèdent au pouvoir ? La rébellion lui est-elle compatible ? Peut-elle se faire institution ?
Il n’empêche, entre contre-cultures et contre-écriture, force de la résistance et de l’insoumission, les rebelles, en rejetant les classements trop évidents, en récusant la loi et l’ordre, en cherchant à les démystifier pour les dynamiter, redonnent souvent du sens à ce qui n’en avait plus et du désir quand il s’était perdu. Les échappées rebelles sont-elles toujours des échappées belles ? A l’histoire ici de leur redonner vie."

Ludivine Bantigny,
maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen
Tag(s) : #lecture

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