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Le livre de Jean Ziegler
Le livre de Jean Ziegler

Retournez les fusils ! Choisir son camp

de Jean Ziegler

« Le bonheur du faible est la gloire du fort »

Alphonse de Lamartine

Un livre salutaire pour tous ceux qui sont révoltés, effrayés, exclus mais toujours prêt au combat contre l'injustice, toujours révoltés contre la misère, contre l'ordre des puissants mais pas contre l'ordre social qui permet aux plus faibles de vivre ,quelque soit son origine son lieu de résidence ou son sexe.

Bref, oui il faut choisir son camp et se remettre en marche. Le livre de Jean Ziegler nous donne les armes pour cela :

Jean Ziegler
Jean Ziegler

Il dénonce les mécanismes d’assujettissement des peuples du monde et beaucoup plus de l'allié du système oppressif à savoir cette servitude volontaire des peuples, une aliénation qui intègrent ainsi le discours dominant, rompant toute possibilité de s'en émanciper et le renforce en participant à cette course permanente, cette compétition des uns contre les autres, à cette volonté d'écraser l'autre, de l'exclure, cet 'autre qui est aussi son double.

Un livre de combat et aussi réflectif . Il est nourri de l'immense expérience acquise par Jean Ziegler, professeur émérite à l'Université de Genève, ayant formé ses étudiants à la sociologie critique (celle qui permet de comprendre son environnement social ouvrant aux individus la possibilté de comprendre et d'agir sur leur environnement social, culturel, écologique bref civilisationnel.

Un homme qui a dénoncé toute sa vie les imbrications industrielles et financières dans ses livres, ce qui lui a valu une vie de procès, la ruine et l'exil.

Un homme qui a mené le combat politique comme député socialiste (si, si il y en a des convaincus) et le continue aujourd'hui encore à l'ONU contre la faim dans le Monde.

Bref autant de bonnes raisons de lire cet ouvrage qui est une réédition remaniée d'un ouvrage paru au Seuil en 1980 : « Retournez les fusils ! Manuel de sociologie d'opposition »

Dostoïevski
Dostoïevski

Jean Ziegler n'est pas désincarné, il s'ouvre à nous et à nos et ses contradictions. Citant Jean Paul Sartre : « Une conscience coupable est un ennemi vivant », il fait aussi référence à Fiodor Dostoïevski dans son roman Les Frères Kamazarov (1880), il écrit ce dialogue :

Ivan Kamazarov : Il fait bon vivre et je vis, fût-ce à l'encontre de toute logique ! Je ne crois pas à la valeur de l'ordre qui régit le monde. Mais j'aime les tendres feuilles des arbres, toutes gluantes, quand elles poussent au printemps ; j'aime le ciel bleu, j'aime aussi certains hommes, sans même savoir pourquoi ; et -le croirais-tu ?- l’enthousiasme me prend à la vue des actes de courage et d'héroïsme humains auxquels j'ai pourtant cessé de croire depuis longtemps ; je continue de les vénérer par la force d'une habitude qui m'est chère.

Aliocha : C'est cela, Ivan, aimer la vie, sans souci de la logique. C'est ainsi seulement qu'on finit par en découvrir le sens. Tu tiens la moitié de la vérité puisque tu peux en vivre. Il ne reste plus qu'à conquérir l'autre moitié et tu seras sauvé.

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Comme Jean Ziegler le commente au sujet d'Ivan, il refuse intellectuellement l'ordre de ce monde. Mais comme lui, il y est installé, l'accepte implicitement dans sa normalité, le reproduisant dans sa pratique quotidienne.

L'auteur commente ensuite : « Nous sommes des mutilés volontaires. Comme des millions d'êtres, je vis constamment contre moi même. Faire ce qu'on veut et vouloir ce qu'on fait est la chose la plus difficile au monde. Personne n'a la théorie juste de sa pratique, tous, nous pratiquons - à des degrés divers – le double discours, donc le mensonge, l'illusion complice, la tromperie volontaire ?

Nos chaînes nous les forgeons nous-mêmes, inlassablement, avec énergie et application.

Nos rôles sociaux nous les exécutons, les produisons, les reproduisons, comme des rituels de conjuration, comme si la liberté, l'imprévisible rencontre avec autrui recelait pour nous d'inavouables menaces.

Or ces rôles nous étouffent, nous garrottent lentement. A la racine de nos têtes, des chaînes sont rivées qui nous empêchent de penser, de regarder, de marcher, de rêver, de sentir librement. »

Alliocha a raison : l'homme n'existe, ne se constitue, ne grandit, ne s'épanouit qu'à l'aide d'autres hommes. Le mystère de la relation dépasse de beaucoup le mystère de l'être . Il ne suffit pas d'aimer la vie pour en découvrir son sens. Ce sens ne se révèle pas comme une pierre sur laquelle on bute en marchant.

Le sens se produit, se crée, se donne. Il naît du don de ce que je n'ai pas, dans la relation libre avec autrui.

Or un ordre social qui n'est pas fondé sur des relations de réciprocité, de complémentarité entre les hommes, mais sur des rapports de domination, d'exploitation, est un ordre condamné. »

(page 12 et 13 du livre de Jean Ziegler)

Tag(s) : #lecture

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