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Le Père cent à Bordeaux et ailleurs

Le Père cent à Bordeaux et ailleurs

Une tradition écolière de Nantes à Bordeaux
Une tradition écolière de Nantes à Bordeaux

Ah les réactions ...... désordre, gaspillage de farine, dégradations etc., que de maux accablent notre belle jeunesse qui ne respectent rien, manifestent sa violence, le même jour ou la France vend des engins de mort à l'Egypte (????), ils mettraient ainsi en danger les fondements mêmes de notre belle société, basée comme nous le savons tous sur l'amour de son prochain et de la tolérance la plus large .....

De Facebook, aux discussions de comptoirs, en passant par les commentaires négatifs des lecteurs de Sud Ouest, nous entendons la parole de ces "gens-là", ceux qui ont toujours respectés le code de la route, les usages de la bonne conduite, cédant le passage, leur place dans les transports en commun, ne hurlant pas en public accrochés à leur portable, bref une liste bien longue des savoirs bien vivre en société que je vous laisse développer par vous mêmes.

Donc disais-je ces "braves gens", trouvent inconséquent les débordements de notre belle jeunesse.

Comme je les entend, ceux qui n'ont jamais été jeune.

Si à Bordeaux on "gaspille", allez une ou deux tonnes de farine, 10 000 œufs ou peut être moins, ce gateau semble bien insuffisant pour nourrir toute l'Humanité affamée et ne représente pas grand chose en regard des tonnes de nouriture jettées chaque jour par nos super marchés, au nom d'un cache sexe hygiéniste, dissimulant mal la recherche de leur profit à tout prix.

Allons ce rite, car il s'agit d'un rite, est ancien et inconsciemment, nos futurs bacheliers maintiennent là une tradition qui remonte au Moyen Age, relayée ensuite par les jeunes conscrits qui fêtaient 100 jour avant la quille ce Père cent ou Persan....

Le carnaval, est un moment ou le monde marche à l'envers, pour reprendre sa place dès le lendemain.

Je vous invite à lire quelques extraits de la thèse d'un doctorant de l'école vétérinaire de Maisons Alfort qui défini bien le sens de ce rite de passage, d'un état d'écolier à celui d'étudiant, passage de l'enfance à l'âge adulte en quelque sorte.

Intéressant !

Il s'agit d'un extrait de la thèse de Julien, Jacques, Jean BUQUET

présentée en 2013

Pour le DOCTORAT VÉTÉRINAIRE 

et soutenue publiquement devant

LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE CRÉTEIL LE PÈRE CENT A L'ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE D'ALFORT

 

Un rite de passage

Un rite de passage est un rituel qui marque le changement de statut social d'un individu.

Le mariage, les enterrements de vie de garçon ou de jeune fille, la remise de diplômes ou le service militaire, encore en place dans certains pays, en sont des exemples.

Selon l'ethnologue Arnold Van Gennep (VAN GENNEP, 1909), les rites de passage permettent de lier l'individu au groupe, mais surtout de structurer sa vie en étapes précises, séparées par des cérémonies marquantes ou des épreuves diverses.

Ce phénomène a donc un enjeu important que ce soit à l'échelle individuelle, ou à l'échelle du groupe.

Le rite de passage se distingue du "rite initiatique", car il marque une étape dans la vie d'un individu, tandis que le "rite initiatique" permet d'incorporer un individu dans un groupe social ou religieux.

Les brimades sont un exemple de rite initiatique.

La première étape du rite de passage est la séparation, qui caractérise le départ du groupe, l'isolement, la phase avant l'événement qui marque le passage. Dans le cas du Père Cent vétérinaire, cette étape est incarnée par le détachement des Anciens par rapport aux autres promotions.

Même si ces dernières ont le droit de prendre part à l'événement, seuls les étudiants de quatrième année sont touchées par la symbolique des cent derniers jours. La seconde phase est la marge, appelée aussi phase de marginalisation, liminaire ou encore limen. Dans cet exemple, il s'agit du passage des examens qui joue le rôle de seuil entre l'appartenance à l’École et la sortie. La dernière étape est celle de l’agrégation, appelée aussi phase de réintégration ou post-liminaire, qui constitue l'arrivée dans le nouveau groupe.

Cette phase est incarnée, dans le cadre vétérinaire, par certains chants de départ qui évoquent la vie après l'école (VAN GENNEP, 1909). LE PERE CENT DANS LES LYCEES DE FRANCE La fête du Père Cent persiste de nos jours dans certains lycées français, ceci malgré les interdictions du rectorat. Il s'agit d'une manifestation des élèves de Terminale, plus ou moins organisée, marquant les cent jours avant le baccalauréat.

Les travaux de BERTIN (2010), d'une part, et de CROS et DORY (1996) d'autre part, décrivent cette tradition à la fois dans un lycée des Deux-Sèvres et dans les lycées bordelais. Très différent du Père Cent militaire, il en conserve néanmoins certains aspects qui existaient également à l'Ecole Vétérinaire d'Alfort.

1. La symbolique du Père Cent chez les lycéens (CROS et DORY, 1996) Le terme "Père" est le symbole de la génération, de la possession et de la domination. Il peut-être perçu comme le symbole de l'autorité qui serait un obstacle à l'émancipation des jeunes, ceci tout en étant une sorte d'être idéal adulte auquel on aimerait ressembler.

Ainsi, le succès lors du baccalauréat peut-être assimilé à ce "Père" et marquer le passage du lycéen à l'âge adulte. Le nombre cent marque une petite période qui est décisive sur la période des trois ans passée au Lycée.

Il évoque le stress, les révisions qui aboutiront à un succès ou à un échec. Dans certains lycées où le terme Père Cent a été interdit, il a été remplacé par "Termival", contraction de Terminale et Carnaval qui évoque le défilé déguisé des futurs bacheliers.

 

L'enterrement du Père cent

L'enterrement du Père cent

~~2. Les préparatifs du Père Cent (CROS et DORY, 1996)

L'organisation du défilé est très variable selon les lycées. Certains se préparent longtemps à l'avance. Les déguisements sont alors très sophistiqués. Ils mettent en place des stands de jeux, des concours de déguisements et organisent une quête au profit d'associations. D'autres, s'organisent le jour même avec des costumes de fortune et se contentent du défilé.

Le corps enseignant et Cles responsables administratifs des établissements sont toujours prévenus par les élèves délégués.

Cette pratique est de plus en plus encadrée voire interdite par peur de débordements. Les cours sont assurés normalement par les professeurs pendant cette journée même si l'ambiance est plus à la détente qu'au travail. Les lycéens se retrouvent le matin du jour J, dans leur lycée ou à l'extérieur si l'accès de ce dernier leur a été refusé par l'administration. Leur participation est volontaire et sans contrainte.

Ils arrivent souvent déjà déguisés. Parfois, ils revêtent des blouses blanches. Les déguisements n'ont pas vraiment de lien entre eux et ne font pas partie d'un scénario ; chacun vient comme il le souhaite.

Des costumes sont cependant redondants comme celui du moine par exemple. Ces derniers sont là pour offrir l'anonymat à ceux qui les portent et permettent aux lycéens de rompre avec leur quotidien. Il s'agit également d'un facteur de cohésion pour les élèves d'un même lycée car l'événement favorise les rencontres. Dans les lycées bordelais, les élèves s'équipent de farine, de confettis, d’œufs et de mousse à raser pour les lancer dans les rues, ce qui ne semble pas être le cas dans les Deux-Sèvres.

Certains lycéens, très motivés, fabriquent parfois des équipements sonores mobiles pour faire le plus de bruit possible dans la ville et mettre de l'ambiance.

A la mi-carême les élèves envahissent les rues de Nantes

A la mi-carême les élèves envahissent les rues de Nantes

~~3. Le déroulement du défilé (CROS et DORY, 1996) (BERTIN, 2010)

Les élèves se réunissent tous devant leur lycée et partent ensemble à l'assaut de la ville. Parfois, ils rejoignent d'autres établissements, lorsque les administrations se sont mises d'accord pour que le Père Cent se déroule le même jour.

Ceci donne lieu à des compétitions de déguisements voire à des affrontements à grands jets de farine et d’œufs. Cette petite guerre est toujours menée sur le ton de la plaisanterie et les débordements sont très rares.

Les élèves de terminale arpentent la ville à grand renfort de musique et de cris, en aspergeant les passants de farine.

Dans certaines villes comme Bordeaux, réputées pour la virulence du Père Cent, un cordon de CRS accompagne la manifestation.

La pause du midi est l'occasion d'un repas à l'extérieur et d'une remise de prix pour les déguisements les plus méritants.

Dans certains lycées favorables à l'événement le jury est parfois composé de professeurs et de membres de l'administration.

L'après-midi, le défilé reprend de plus belle avec son lot de chahut. Dans beaucoup d'établissements, le défilé est l'occasion d'une quête destinée à financer les réjouissances du soir et le repas du midi, et dont l'excédent est reversé à des organisations caritatives.

La fin de la journée est marquée par des fêtes organisées par les manifestants, voire par des repas avec le conseiller d'éducation du lycée.

Ces regroupements sont importants pour les élèves car ils se retrouvent tous ensemble une dernière fois avant le redouté baccalauréat. 

Le fruit de la quête de la journée dans les Deux-Sèvres (Don de Raynald Bertin). La quête, incontournable lors des Père Cent militaires est un élément traditionnel conservé dans certains lycées.

4. Les différentes perceptions du Père Cent (CROS et DORY, 1996)

Cette célébration est perçue de bien des façons par les protagonistes, les encadrants et les spectateurs.

Côté étudiant, cette fête semble rimer avec amusement, rigolade, séchage de cours. L'idée de se défouler avant d'entrer dans une période de révision est forte. Il s'agit également de faire la fête tous ensemble une dernière fois avant de partir vers différents horizons.

Les lycéens sont globalement très favorables à la manifestation même si certains n'y participent pas. Pour le personnel éducatif, l'opinion est plus nuancée.

Certains le voient comme un rituel qui favorise la cohésion au sein des classes et les rencontres entre les lycéens. Pour d'autres, il s'agit d'une façon déguisée de remettre en cause le système scolaire et de se livrer à des actes de vandalisme. Beaucoup de lycées ont interdit la manifestation ou du moins l'ont très encadrée.

Chez les riverains aussi les avis sont partagés ; ceux qui l'ont vécue à leur époque voient cette manifestation de façon sereine alors que, pour les autres, elle est plutôt source de nuisances et de dégradations.

Ces opinions diffèrent également en fonction des pratiques plus ou moins civiques des élèves. Dans les Deux-Sèvres, les lycéens n'aspergent pas les rues de farine contrairement à Bordeaux, ce qui cause moins de gêne pour les habitants.

La crainte principale de la part des "adultes" est l'utilisation de farine et d’œufs qui peut porter atteinte à l'intégrité des rues et des passants. De nos jours, ce rituel a été interdit dans beaucoup d'établissements.

Il perdure encore, notamment à Bordeaux, même si les enseignants essaient de trouver des alternatives au défilé comme des ateliers et des concours.

En 2014, suite au Père Cent du 28 février 2013 à Bordeaux, soixante élèves ont été exclus trois jours d'un lycée privé pour y avoir participé. Le Père Cent lycéen constitue la phase de séparation d'un rite de passage qui place les élèves de terminale à part des autres lycéens.

La phase liminaire est constituée par le baccalauréat (BERTIN 2010). L'agrégation est peu présente car les lycéens partent dans des directions très différentes, même s'ils acquièrent pour la plupart le statut d'"étudiant".

Pour beaucoup, il est l'occasion de se défouler une dernière fois et de se retrouver avant de réviser et de se séparer. La mort rituelle n'y est pas symbolisée par un personnage mais elle reste présente à travers le nom de l'événement.

La quête, les déguisements, les chants, les défilés ainsi que l'esprit de fête y sont toujours présents. Le défilé, déguisé et marqué par des étapes, est absent dans le cadre du Père Cent militaire mais est une caractéristique forte du Père Cent alforien.

 

Des jeunes conscrits en 1935

Des jeunes conscrits en 1935

Tag(s) : #Ballades et rencontres

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