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Carlos Saura, un cinéaste immense

« Hoy en mi ventana brilla el sol

Y el corazon se pone triste contemplando la ciudad

Porque te vas. »

(Aujourd'hui, à ma fenêtre brille le soleil,

et mon cœur s'attriste en contemplant la ville,

parce que tu pars)

CarlosSaura en splendeur
CarlosSaura en splendeur

Carlos Saura est un « monument » du cinéma espagnol, peut on dire du cinéma tout court. Rétrospective en ce moment sur canal.

Je suis privilégié de voir ou revoir plusieurs films.

La chasse, Le jardin des délices, Anna et les loups entre autre auxquels il faut ajouter, Vivre Vite et bien sûr l'inoubliable Cria Cuervos.

Sans oublier oublier son Carmen, Noces de sang et Ay carmela.

Un cinéaste engagé, avec la constance de dénoncer l'immobilisme de cette Espagne bloquée par un régime criminel, basée sur des fonctionnements d'un autre age époque construit sur d'immenses frustrations, autarcique.

Saura a su utiliser l'écriture métaphorique pour mieux dénoncer le franquisme et contourner ainsi la censure de l'époque.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_Saura

Carlos Saura, un cinéaste immense
La Chasse (1966) de Carlos Saura

Titre original : « La Caza »

Trois amis quinquagénaires, accompagnés d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, se retrouvent dans la propriété de l'un d'entre eux pour une partie de chasse au lapin. La chaleur torride de cette journée et le paysage désertique exacerbent les tensions...

La Chasse est le premier grand film de l'espagnol Carlos Saura. Tournée sous Franco, donc sous le régime de censure, cette histoire est à lire comme une allégorie.

Les trois amis représentent la société bourgeoise iss ue de la dictature qui a pris une part active dans la guerre civile (la chasse au lapin) contre les Républicains. Le jeune homme symbolise la jeune génération qui semble tout ignorer de ce passé. Ils sont tous quatre dénués d'idéal, vides, durs et secs. Mais là où le film se révèle être particulièrement puissant, c'est dans l'après, où Saura nous montre que l'homme est un loup pour l'homme.

Son film a une très grande force. Saura montre une utilisation étonnante du gros plan pour créer le malaise.

Acteurs: Ismael Merlo, Alfredo Mayo, José María Prada, Emilio Gutiérrez Caba Voir la fiche du film et la filmographie de Carlos Saura sur le site IMDB. Voir les autres films de Carlos Saura chroniqués sur ce blog... Voir les livres sur Carlos Saura..

Carlos Saura, un cinéaste immense
Le Jardin des délices (1970) de Carlos Saura

Titre original : « El jardín de las delicias »

A la suite d'un accident, un industriel se retrouve handicapé et amnésique. Sa famille s'efforce de lui faire retrouver la mémoire pour qu'il donne le nom de la banque suisse où il a déposé de grandes sommes d'argent ou encore la combinaison du coffre dans sa chambre. Pour cela, ils n'hésitent pas à recréer certaines scènes de sa vie passée...

Le Jardin des délices est un film à plusieurs niveaux de lecture. Tourné sous la dictature du général Franco et de sa censure, la signification de cette allégorie est nécessairement masquée. Il peut se voir comme une simple fable sur la cupidité où Carlos Saura manie l'humour et le cocasse à la manière d'un Buñuel, mais il est truffé de références politiques et historiques, cette famille très franquiste symbolisant le régime.

Cette comédie noire apparaît alors comme une charge contre la répression qui sclérose les esprits. Remarques : * Pour certains, le personnage du paralytique serait Franco lui-même. Il serait étonnant que ce fut l'intention de Carlos Saura car il y a une empathie du spectateur avec cette personne. Cette empathie est suscitée dès le début du film : nous le voyons réduit à l'impuissance, sans expression, vulnérable, aussi innocent qu'un enfant.

* La signification du titre ne paraît pas immédiate. Il s'agit certainement d'une référence au célèbre tableau de Jérôme Bosch et l'étonnante dernière scène du film peut certainement en être vue comme une interprétation appliquée à l'Espagne de Franco

Carlos Saura, un cinéaste immense
Anna et les loups (1972) de Carlos Saura

Titre original : "Ana y los lobos"

Anna, une jeune institutrice étrangère, trouve un emploi de gouvernante dans une riche famille espagnole. Elle doit composer avec les trois frères qui régissent la maison...

Pour tous ses films, Carlos Saura a été en prise avec la censure franquiste et doit user d'allégories pour parler des forces qui paralysent l'Espagne.

Dans Anna et les loups, cette allégorie est plus immédiate que dans ses films précédents et c'est peut-être pour cette raison qu'il a du attendre un an pour que son scénario soit accepté et avoir l'autorisation de tourner.

Les trois frères frustrés sont les loups, ils représentent l'armée, la religion et le sexe, les trois grandes forces oppressives du pays ; la grand-mère à demi-paralysée symbolise l'Espagne franquiste et la jeune Anna la nouvelle génération.

Cette dernière tente de jouer un rôle sans comprendre tous les rouages ; on ne sait très bien qui complote avec qui. Les tabous sont forts, sclérosants. Carlos Saura trouve un équilibre parfait entre un certain mal à l'aise et un humour insolite, le cinéaste montrant là une certaine filiation avec Buñuel.

La fin est-elle réelle ou un cauchemar éveillé ? Les acteurs ont tous le ton juste ; Geraldine Chaplin trouve là l'un de ses plus beaux rôles. Anna et les Loups apparaît comme l'un des films les plus aboutis de Carlos Saura.

Acteurs: Geraldine Chaplin, Fernando Fernán Gómez, José María Prada, José Vivó, Rafaela Aparicio

Vivre vite ! 1981 de Carlos Saura

Titre original Deprisa, deprisa

Le film relate l'histoire d'une bande de jeunes délinquants pendant la période de la la « transition démocratique » et l'après franquisme.

Quatre amis de la périphérie de Madrid, sans perspective politique ou idéal (?) cherchent l'argent facile. Vols, hold up et drogues sont leur quotidien, désinseré socialement, sur fond d’idéologie petite bourgeoise (s'acheter un appartement par exemple), il se laisse porter par la drogue dans une fuite faisant penser à un road movie immobile ou seule la musique, extraordinaire du flamenco débridé de Los Chunguitos nous transporte.

Un no future à l'espagnol qui m'a beaucoup marqué, car ce film métaphorique lui aussi nous dit que la non'défranquisation' de cette Espagne, le refus d'aborder la réalité historique privant ainsi par l'absence d'explication, une jeunesse de son avenir.

Jeunesse qui s'abrutit et fuit dans la drogue. Critique de la Movida ?

Une fin tragique pour ces enfants, fils de combattants rendus amnésique. Révoltés sans cause.

Musique "Me Quedo Contigo" de Los Chunguitos https://www.youtube.com/watch?v=pc8Led5e1w4

Carlos Saura, un cinéaste immense

Cria Cuervos (1975) de Carlos Saura

Qui ne l'a pas chanté cette magnifique chanson du film de Carlos Saura. A travers les yeux d'Ana enfant, qui mieux que lui a su d'écrire cette Espagne franquiste hors de la vie et du Monde. Pendant plus de 40 ans, murée par un régime dictatoriale bâti sur la mort de millions de vie, l'Espagne est restée en dehors de la démocratie.

Entre Eglise et lavage de cerveau, l'Histoire s'est arrêté. A travers Les yeux d'Ana enfermée dans cette maison prison, oppressante et oppressive, dans la ville mais isolée par des murs, Carlos Saura a fait un film sur et du côté de l'enfance de ses rêves et cauchemars, sur fond politique. « Cría cuervos y te sacarán los ojos » (« Nourris les corbeaux, et ils t’arracheront les yeux ») dit le proverbe espagnol.

La date est symbolique : en 1975, année de tournage de Cría Cuervos, le caudillo Francisco Franco décède, après près de quarante ans de règne à la tête de l’État espagnol. Deux ans plus tard, le roi Juan Carlos fait voter les premières lois démocratiques.

Pour Carlos Saura, cette mort signe la fin d’un long combat artistique, dont Cría Cuervos est le point d’orgue. Combat contre le franquisme, contre une idéologie conservatrice et réactionnaire, dont les principales valeurs s’appellent Église, famille et armée, et les outils, terreur, propagande et censure. Mais, au-delà des intentions politiques, peut-être un peu datées aujourd’hui, Cría Cuervos se pose aussi comme l’un des films les plus justes sur l’enfance et ses cruautés.

Un film inoubliable. Là aussi la musique prend toute sa place, elle est un acteur du chef d’œuvre. Sans oublier Ana Torrent et Géraldine Chaplin inoubliable.

Tag(s) : #cinéma

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