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Sandra nous propose comme réflexion cet écrit que le blog de l'assopourquoipas est heureux de partager. A vos plumes !

De quel imaginaire ?

Dans la posture martiale du président Hollande au lendemain des attentats, on voyait se profiler celle de Bush fils au lendemain du 11 septembre, celle aussi de Bush père, on peut y voir les attitudes viriloïdes de Poutine s’exerçant à la chasse, aux sports de combat et autres sports extrêmes, rivalisant avec ses compétiteurs pour manifester au monde la puissance de la grande Russie, et puis en fin de compte l’attitude de toutes ces figures que l’on nous présente comme « grandes » parce qu’elles ont soit disant forgé notre histoire, par là il faut entendre qu’elles l’ont précipitée vers cette espèce de cloaque où nous nous trouvons projetés bien malgré nous.

La généalogie des postures martiales est longue comme l’histoire, une histoire façonnée par et pour les hommes, où l’on voit que le pouvoir se mesure à l’aune de la puissance de feu, à l’aune du muscle, pour ne pas dire à l’aune de la longueur du pénis, ce corps caverneux qui nous cause tant de problèmes. C’est au point que l’on ne se préoccupe même plus de ce qui est dit, comme le rappelle justement Judith Butler dans un article (Libé, ce vendredi 20 novembre)*, l’important se trouve ailleurs, l’important se loge dans une image que l’on se donne et que l’on donne à voir, dans la démonstration ostentatoire de la contre-puissance de nuisance, bref dans cette posture ou ce costume que tout dirigeant confronté à une situation de crise se voit assigné d’endosser. Parce que, tout simplement, c’est ce qui est attendu de lui dans le moment, ce qui, à y bien regarder, doit nous interpeller : être à la hauteur du moment, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’attendons-nous ? Qu’exaltons-nous en somme à cet instant ? De quel imaginaire parlons-nous?

Je mesure combien ce que j’écris est sans doute illisible pour nombre d’entre nous, en ce sens que la possibilité de se défendre passe sans doute par l’étape de la fermeté et de la vigueur. Le mot résistance, je le prise beaucoup, je le concède. Mais je voudrais seulement faire entrevoir une chose, et si j’y parviens auprès de l’un.e d’entre vous, ce sera déjà pas mal : à l’évidence, deux mille ans et plus de civilisation martiale nous conduisent à cet échec, à cette espèce de réplique du « terminus de la civilisation » dont parle Imre Kertesz en évoquant à la fois l’Holocauste et l’expérience totalitaire du bloc communiste.

J’y vois l’échec de ce que l’on pourrait appeler le suprématisme, c’est-à-dire une idée, dont je note qu’elle est fortement incarnée en Occident, sans exclusive cependant, qui légitime la domination des uns par les autres, et des situations d’hégémonie qui se perpétuent à toutes les échelles. Et je voudrais lui opposer, à la suite de Pasolini qui prônait « la valeur de la défaite », et de Mahmoud Darwich qui parlait du « parti de la défaite », celui des Troyens, dressant des « têtes poétiques » contre les « têtes nucléaires », je voudrais, au moins pour les miens, commencer à cette échelle-là, peut-être au-delà, auprès de mes amis, opposer les valeurs peut-être un peu ridicules, après tout je me fiche du ridicule comme je me fiche de tous les orateurs attitrés qui en appellent à de nouvelles croisades, en pensant à eux je ne peux m’empêcher de penser à leur corps caverneux, ce qui finalement ramène le problème à ses éléments triviaux, je donne sans doute l’impression de me perdre parmi des « mots orphelins » mais non, voici, je voudrais opposer un peu de métaphysique, par exemple le sens de la vulnérabilité pour contrevenir à celui de la force, le sens de l’éthique qui, à défaut de se nicher dans les gestes du quotidien, se niche parfois dans l’esthétique et cet art-là me parle, il me touche car il me rappelle à quelques fondements, je voudrais opposer la stase réflexive à l’urgence, l’arc historique au présent omniprésent.

Je voudrais enfin que notre République tienne un peu mieux les promesses contenues dans son triptyque. Nous avons oublié une chose pourtant simple, c’est que l’iniquité est porteuse de sédition.

Nous avons oublié l’égalité.

Nous avons oublié la fraternité.

Mais alors une fraternité transversale et non pas exclusivement limitée à un petit hexagone. Il est grand temps de remettre ces valeurs au centre.

Au lieu de cette rhétorique de guerre, je voudrais, oui, finalement je voudrais un peu plus d’amour. Changer d’imaginaire, est-ce trop demander ?

Oui, je sais… Sandra

Tag(s) : #Débats et réflexions ouvertes

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