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Cheikh Tijaan SOW et son orchestre
Cheikh Tijaan SOW et son orchestre

Notre ami Cheikh Tijaan SOW, poète, musicien, soutient votre action autour du Clown Chocolat.

Il sera présent à plusieurs reprises pour animer notre quinzaine du 2 au 14 février à l'Espace Saint Remi.

Il nous fait parvenir un très beau texte sur un sujet d'actualité ; la déchéance de nationalité qui brise le pacte républicain et va à l'encontre du chemin entâmé par la première Déclaration des Droits de l'Homme, version 1789 améliorée en 1948.

« Oh muses ! Inspirez-nous pour chanter une fraternité qui rime avec sororité, une fraternité qui rime avec égalité, une fraternité qui rime avec laïcité, une fraternité qui rime avec humanité".

Cheikh Tijaan SOW
Cheikh Tijaan SOW

"L’Être de France face à la déchéance de la nationalité

JE VIS depuis plus de vingt ans en France donc JE SUIS de France. L’Être de France n’est point un privilège réservé aux seuls natifs français. L’Être de France comme je le suis a conscience du fait que la liberté, l’égalité et la fraternité sont des quêtes du peuple révolutionnaire de 1789, d’un peuple de citoyens français. Ici l’Être Français ne ressortait point d’une naturalité mais d’une volonté de qui voulait exister selon les lois édictées par la Constituante et qui faisait siens les principes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Oui en 1789, des ETRANGERS ont versé leur sang pour la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Pouvaient se retrouver contre et en dehors de ce peuple citoyen, des natifs ou pas, contre-révolutionnaires. Et pour reprendre les termes de l’historienne Sophie Wahnich. « L’adhésion à ces droits est celle de la raison sensible, un lien rationnel et affectif indissociable. C’est ce lien qui fait le patriote capable de défendre constamment sur la place publique ces principes. On comprend que la seule contrainte à cette définition de l’identité politique est une contrainte de lieu et d’opinion, d’adhésion, pas une contrainte de sang ou de nationalité même juridique, pas une contrainte d’acculturation longue non plus, car cette adhésion peut être immédiate quelle que soit son histoire personnelle, ou refusée durablement même si on passait beaucoup de temps sur le territoire."1

Depuis cette conquête est devenue une quête permanente par le rapport de force politique sans cesse mouvant, par les menaces de marche arrière sociale et politique. Car si aucun courant politique légalement reconnu ne remet explicitement en cause le triptyque issu de la Révolution, l’implicite donne à lire et à entrevoir le contraire dans les déclarations et les positions politiques.

D’où il importe pour les héritiers de 1789 de clarifier régulièrement et d’affirmer sans équivoque comme c’est le cas dans le texte que j’ai rédigé pour les AOC de l’Egalité en Aquitaine le 29 octobre 2015 :

« Oh muses ! Inspirez-nous pour chanter une fraternité qui rime avec sororité, une fraternité qui rime avec égalité, une fraternité qui rime avec laïcité, une fraternité qui rime avec humanité.

Car voyez-vous, notre fraternité s’est affranchie des pesanteurs originelles.

Elle tresse une corde de solidarité entre les culottes courtes, les jupes, les pantalons, les robes, les djellabas, les pagnes, les bérets, les fichus…… Elle unit dans un même élan d’intelligence Malika, Georges, Malick et Georgette et leurs frères et leurs sœurs…

Notre fraternité veut que nous soyons tous et toutes égaux devant le droit d’oser, le droit d’aimer, le droit d’être étranger, le droit de revenir à son port de départ, le droit de dire oui et/ou non, le droit de penser même contre les siens, le droit de travailler, le droit de se reposer, le droit d’essayer, le droit de se tromper, le droit de chanter sa colère, le droit de croire aux esprits, à un ou plusieurs dieux, le droit de ne pas croire… le droit de vivre avec ceux qui ne nous ressemblent pas.

Notre fraternité ne dit pas : «ta liberté s’arrête là où commence la mienne. » Elle crie haut et fort : «ta liberté étend la mienne à l’infini.»

Notre fraternité ne dit pas : « nous ne pouvons pas accueillir toute la misère de la terre » Elle se pose cette question : « que faisons-nous contre les causes de toute la misère sur terre ? »

Notre fraternité ne dit pas : « A chacun pour soi, dieu pour tous » Elle dit : « Nos combats sont des frères, nos luttes sont des sœurs qui concourent lentement mais sûrement au règne d’une humanité plus humaine ».

En attendant la chanson qui fasse rimer fraternité avec sororité, avec égalité, avec laïcité, avec humanité, faisons nôtre cette pensée d’Albert Jacquard :

"La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence."

Si j’étais un ami du Président, je lui ferais reconnaître qu’il a parlé sous le coup de l’émotion. Je lui ferais accepter que c’est bien d’avoir de l’émotion car elle est humaine (sauf si ce n’est pas du théâtre). Que c’est ce qui le différencie de ceux qui l’ont mis dans cet état car lui veut protéger la vie alors qu’aux « ôteurs » de vie on a ôté tout sentiment d’humanité.

Cependant après le pathos, l’éthos doit reprendre le dessus et ce n’est point signe de faiblesse ou de reculade que d’affirmer à posteriori le primat de la raison sur l’émotion. La raison est aussi humaine.2

Si j’étais un ami du Président, je ferais tout mon possible pour lui éviter de tomber dans les pièges tendus par les ennemis de la République.

Ils veulent la guerre civile, la défragmentation de la société française, la levée des musulmans contre les non- musulmans, nous affirmons l’unité nationale dans sa composition diverse.

Ils veulent monter les enfants de Marianne contre la République, nous exprimons encore plus fort qu’avant les principes d’égalité de droits, de non discrimination, de reconnaissance de la dignité des personnes en dehors de tout autre critère que celui de se sentir et de se reconnaître ETRE de France.

Ils veulent nous pousser au repli, à la peur, nous proposons l’ouverture et l’hospitalité et la compréhension et l’altruisme. L’Humanité quoi !

Et nous rappelons la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 dans son article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Ils sont contre la culture, nous proposons plus de culture, des concerts, du cinéma, de la littérature, de la presse libre, la liberté d’expression artistique ; des ÊTRES impertinents, vivants, vivaces.

Ils sont contre la démocratie, nous offrons le droit de vote à toutes et à tous ceux qui vivent sur le sol français et qui se reconnaissent dans l’Être FRANÇAIS.

Alors chantons avec émotion ; que notre rage, notre joie, notre douleur, notre espoir, notre amour, notre bonheur d’être encore en vie passent par nos voix, nos corps, nos instruments, nos crayons,….

Et si j’étais un ami du Président, je lui dirais finalement ce pourquoi j’ai écrit aussi cette missive :

Cher François, cela ne sert à rien de mettre dans la Constitution le principe de la déchéance de la nationalité car non seulement des dispositifs législatifs existent déjà pour cela mais aussi par ce que les candidats au Jihad mortifère renoncent eux-mêmes à leur nationalité d’origine ou secondaire en brûlant leurs papiers et en adhérant à l’Etat Islamique qui reste à leurs yeux la seule légitime référence d’affiliation.

Vive la République

Vive le Peuple de France

Vive l’Humaine Humanité

Cheikh Tijaan SOW

Sénégalais de Bègles, écrivain et chanteur du groupe Afroguinguette."


1 http://projet.pcf.fr/9767

2 L’émotion autant que la raison sont humaines, contrairement aux dires du poète président Senghor pour qui la raison est hellène et l’émotion nègre.

Tag(s) : #Le Clown Chocolat à Bordeaux février 2016 à l'Espace Saint Rémi

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