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Manif sur le tapis rouge :

Aquarius

Stop au coup d'Etat au Brésil

L'équipe du film Aquarius manifestant à Cannes Contre le coup d'état contre Dilma au Brésil
L'équipe du film Aquarius manifestant à Cannes Contre le coup d'état contre Dilma au Brésil

La présentation, mardi 17 mai, d’Aquarius, deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho qui "confirme la tendance en s’imposant comme le plus beau de tous ceux qu’on a vus". (Le Monde) a été l'occasion lors de la montée des marches, pour les acteurs d'organiser d'un petit happening en brandissant,des pancartes où on pouvait contre « un coup d’Etat qui a eu lieu au Brésil ».

Un geste simple et fort, qui résonnait avec la froide colère et la calme détermination que Clara, le personnage principal du film, oppose au promoteur immobilier qui veut la déloger de l’appartement où elle a passé toute sa vie, image ou la misère du plus grand nombre règne au profit d'une minorité blanche et urbaine ayant appuyé sociologiquement le golpe contre Dilma.

Avec ce film, celui de Ken Loach, Moi Daniel Blake, ce 69è Festival de Cannes est dans la droite ligne de l'esprit de ses créateurs.(voir historique).

Ce qui amène à faire ce constat : l

e film français à caractère politique et social est bien en dé sérance voir en désespérance.

Un constat tout simple, les films made in France nombrilistes et coupés des réalités vécues par les "gens ordinaires" que nous sommes ou alors sous formes de représentations caricaturales.
ils ne sont que les produits d'un système reproductifs de bons élèves et fils de s'autocélébrants.
Se méfier des généralités mais on peut constater que cette industrie cinématographique, c'est évident, ne peut secréter le poison qui la dénoncerait.

Certes les documentaires nous sauvent la mise et le succès de "Merci patron" ou "Comme des Lions" ne sont ils pas les arbustes qui masquent la forêt ou le désert.

Ainsi va notre temps.

Voir critique plus bas des Cahiers du cinéma de septembre dernier qui reste toujours d'actualité.

Aquarius - Cannes 2016 et le cinéma social pour ne pas dire politique !

Petit rappel historique.

C'est à Jean Zay, de son véritable nom Zacharie, né en 1904 à Orléans que nous devons le Festival de Cannes.

Il va donner à cette ville de la Côte d’Azur une renommée internationale inégalée.
En 1936 Jean Zay est ministre éducation nationale et des beaux-arts du gouvernement du Front Populaire.

En 1938 il a sous ses ordres un inspecteur général, Camille Erlanger, qui revient de la Mostra de Venise, fou de rage.

Le plus grand festival de cinéma du monde a été inauguré par le docteur Goebbels, et les deux films vainqueurs sont d’une part le film commandé par Hitler « Les Dieux du Stade » de Leni Riefenstahl et d’autre part un film italien supervisé par le fils de Mussolini.
Jean Zay prend sa décision immédiatement : on va créer un festival concurrent à celui de Venise et d’un niveau international.

Respect !
Respect !

La manifestation va donc se dérouler du 1er au 20 septembre 1939 et sera présidée par Louis Lumière. La France présente quatre films et, dès le mois d’août, les stars arrivent. La Metro Goldwin Mayer a amené, sur un paquebot transatlantique, toutes ses vedettes d’Hollywood, dont Tyrone Power et Gary Cooper qui font la fête sur le navire.
Le 1er septembre le festival ouvre ses portes, et les troupes allemandes envahissent la Pologne.
Le 2 septembre Jean Zay démissionne de son poste de ministre pour rejoindre l’armée française.

Le 3 septembre, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.
Le festival international du film de Cannes est mort-né. Il reviendra en 1946 pour sa première édition.

Jean Zay ne sera plus là. Il a été assassiné par la milice à l’âge de quarante ans pour avoir eu un père juif et être devenu résistant.

Christian Gallo (Les dessous de la Côte)
© le Ficanas ®

SEPTEMBRE 2015 - N°714 : VIDE POLITIQUE

par Stéphane Delorme

Derrière ce titre provocateur et les rires goguenards de la couverture, se dresse le constat alarmant que le cinéma français de fiction fait tout pour se débarrasser de la politique. Il le fait de diverses manières. La première, la plus fréquente, prend la forme du "cinéma social", terme générique qui s’est substitué à ceux de cinéma politique, militant ou engagé : le cinéma social ne mange pas de pain, il dresse des constats, toujours désabusés, de situations qui semblent inévitables. Ces enquêtes dans un milieu socioprofessionnel donnent bonne conscience à tout le monde. Or plus ça va, plus ces films nous coupent de tout « social », se soumettant à la loi de l’immersion dans un vague milieu qui sert surtout de décor à un roman initiatique : La Loi du marché en est l’incarnation.

La deuxième, plus récente, nous en ­avions parlé il y a cinq ans ("Nouvelles utopies du cinéma français", n° 659), prend la forme de la défection : quittons ce monde pourri, partons nous ressourcer loin des villes, créons des communautés autarciques. C’est une forme dandy de cinéma d’auteur, parfois réussie (Larrieu, Bonello, même Guiraudie), qui ne croit plus aux mirages du film social mais ne croit pas non plus en un possible politique puisque le peuple et le monde sont précisément ce qu’il faut fuir.

La troisième, enfin, est celle qui prend toute la place en ce moment et qui demande le plus d’éclaircissements : le recours au cinéma de genre sur le dos de situations politiques. Dheepan de Jacques Audiard, Palme d’or à Cannes, en est désormais l’étalon. Colportant les plus gros clichés sur les banlieues, Dheepan est le parfait résultat, conscient ou non, de la « BFMisation » des cerveaux.

Pourquoi s’étonner de ce vide politique du cinéma français ? N’est-il pas le même partout ? Dans les grands médias, qui réduisent la politique à du ­storytelling de série TV (la Grèce, saison 6) ou à une fiction sportive (qui gagnera le pompon de l’Élysée ? quel score record fera le FN ?). Chez les hommes politiques eux-mêmes, qui nous expliquent ­benoîtement leur impuissance face au diktat économique, aux géants transnationaux ­d’Internet, au désastre écologique, bref à la marche du monde. Comment s’étonner que ce vide politique retentissant se reflète dans le cinéma français ?

Mais à l’inverse comment expliquer que la révolte qui monte face à cette incurie ne trouve pas de relais sur les écrans ? Le seul film qui sauvait l’honneur cet été et résonnait avec la persécution sadique des Grecs était Les Mille et Une Nuits du Portugais Miguel Gomes.

Mais pas un film français – ni allemand, ni grec d’ailleurs (et hélas pas la scène ratée de fête chez les Grecs dans Révolution Zendj de Tariq Teguia). C’est comme si le cinéma s’était détaché de notre monde pour vivre dans une sphère séparée, pour raconter les mêmes histoires, convaincre les mêmes financiers, rassurer le même public. Or le monde tourne, et vite, et ce cinéma ne résonne plus avec notre vie. Qu’est-ce que le cinéma de fiction nous a appris sur la crise financière depuis sept ans, sur l’Europe, sur le gouvernement des experts, sur les castes au pouvoir, sur la révolte qui monte ? Où sont les satires féroces de ce moment ubuesque où les incompétents clament leur incompétence et les soumis leur soumission ? Mais aussi ­comment témoigner des nouveaux rapports de vie, empestés par la peur, la sécurité, la rentabilité, l’amertume, la surveillance consentie, et un goût moindre pour la liberté – et à ­l’inverse, reprenons courage, de la prolifération de la parole politique de la part de tous : pourquoi ne voyons-nous pas au moins sur les écrans des gens discuter de politique ? Le cinéma français ne dit rien de cela, il s’enferme dans des imageries coupées du réel. Au pire le vide politique cache mal une affirmation cynique, une droitisation plus ou moins décomplexée – des fantasmes guerriers d’Audiard aux comédies clinquantes néo-beaufs.

Or voilà il y a eu les attentats de janvier et l’injonction impérieuse de faire quelque chose : nous verrons si les films mis en chantier depuis s’en font l’écho. Nous vivons un drôle de moment où les aberrations sont telles qu’on se dit que cela ne peut pas durer.

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