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VENDREDI 16 Septembre, 20h30

Il y a 34 ans, Sabra et Chatila… 

Palestine 33, l'UJFP Union Juive Française pour la Paix et la radio La Clé des Ondes

présentent à l'Utopia Bordeaux

MASSAKER

Un film de Monika Borgmann, Lokman Slim et Hermann Theissen  
Allemagne/France/Liban/Suisse, 2004

Projection-débat

Avec Sandra Barrère, doctorante en littérature comparée, Laboratoire TELEM, Ecole 
doctorale Montaigne Humanités, Université de Bordeaux Montaigne 

Massaker, retour sur les massacres de Sabra et Chatilla

Interview de notre amie Sandra Barrère pour l'association PourQuoiPas.

PQP : Tout d'abord de quoi parle ce film Massaker ?

SB : C'est du lourd : le témoignage à visage couvert de 6 miliciens ayant participé aux exactions. Du grand cinéma aussi. C'est ce qu'il faut retenir. Une manière de montrer l'horreur, pour la regarder bien en face, droit dans les yeux, et puis la rejeter loin, très loin de soi. Tu vois qu'il y a un sens, une fonction de l'art.

PQP : En effet cela questionne, nous interpelle encore aujourd'hui et ce massacre ne trouve-t-il pas écho dans les conflits au Moyen Orient aujourd'hui ?

SB : Certainement c'est aussi pourquoi la projection sera suivie d'un débat que j'animerai, André Rosevègue de l'UJFP et Patrick Serres de Palestine 33 intervenant au début de la séance pour situer le contexte.

PQP : Tu as vécu de longues années au Liban, y apportes-tu ton éclairage personnel ?

SB : Ces années au Liban ont été fondatrices, au sens où j'ai commencé dès lors à penser depuis les marges, les marges pour moi récupèrent le centre, en tout cas elles récupèrent leurs polarités à elles, on le voit bien aujourd'hui. Alors, oui je pense à ces morts qui sont privés de sépulture. Je n'oublie pas les autres, les suppliciés d'Alep, en particulier. Ceux de la Ghouta, en marge de Damas. Les Yazidies réduites à l'esclavage sexuel. Mais enfin, il faut bien commencer quelque part.

Et commencer par Sabra et Chatila, c'est un peu comme dévider le fil d'une immense pelote. Le crime est parfait, le silence total.

PQP : Pourtant si j'ai bon souvenir, il y a eu des manifestations, des condamnations à l'époque ?

SB : Oui c'est vrai. Mais bien que qualifié en "génocide" par l'assemblée générale de l'ONU le 16 décembre 1982, il n'a jamais été puni. La loi d'amnistie votée en 1991 par le Parlement libanais immunise les bourreaux. Les criminels courent toujours, leurs mandataires aussi. Et l'Occident, qui a une part de responsabilité dans cette affaire, se lave les mains.

Vois-tu, ces années du Liban m'ont marquée. Je pense souvent à ces morts couchés n'importe comment dans les fosses communes. Il est probable que j'aie croisé les bourreaux plusieurs fois, que je leur aie même serré la main. Il est possible que mon fils ait été conduit à l'école par l'un de ceux qui avaient commis les crimes parmi les plus atroces (l'un des miliciens qui témoigne est chauffeur de taxi !).

Je me fais toutes ces réflexions aujourd'hui. Je me dis que c'est tout de même livrer l'extrême de la vulnérabilité à la réplication aléatoire de la violence extrême.

Et, à aucun moment, on ne dit : Pause ! On arrête un peu, on réfléchit à ce qu'on fait ! La crise est perpétuelle, pas le temps d'inscrire sur les parchemins ni de faire des procès-verbaux.

Le jugement n'intervient pas. On ne range pas les personnes dans les catégories finies du bourreau et de la victime, manière de tracer la limite de l'inacceptable.

On continue. On fonce dans le mur, mais on continue. Jusqu'à quand... ... ?

Si l'art peut avoir une fonction sociale, c'est peut-être là, vois-tu. En tout cas, c'est le sens que j'y vois.

Massaker, retour sur les massacres de Sabra et Chatilla

Le 19 septembre 1982, la communauté internationale découvrait avec horreur les images d’un charnier dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila, à l’ouest de Beyrouth (Liban) : pendant deux nuits et trois jours, du 16 septembre au 18 septembre au matin, entre 1500 et 3500 personnes, certaines estimations évoquant le chiffre de 5000, principalement palestiniennes, des femmes, des hommes, jeunes et moins jeunes, délestés de toute défense, trouvent la mort dans des circonstances horribles, certaines personnes ayant été mutilées, les femmes, les jeunes filles ayant parfois été violées.

Cet apex dans l’ordre de la monstruosité, au cœur de la guerre civile libanaise (13 avril 1975 – 13 octobre 1990), et tandis que l’armée israélienne occupe le territoire au titre de l’opération « Paix en Galilée », a été qualifié en génocide le 16 décembre de la même année par l’Assemblée générale de l’ONU.

La commission Kahane, dépêchée dès le 28 septembre par le gouvernement israélien, a conclu à la « responsabilité indirecte » de Tsahal. Il n’y eut aucune enquête internationale.

Le crime n’a jamais été puni.
Comment en est-on arrivé là ? Quel fol enchaînement d’événements a permis cette sauvagerie crue ? Qui sont les auteurs ? De quel actif soutien les miliciens ont-ils pu bénéficier de la part de l’armée israélienne postée aux abords des camps ?

Voici quelques unes des questions auxquelles « Massaker » tente de répondre à travers le témoignage à visage couvert de six membres des Phalanges des Forces Libanaises (milice chrétienne) ayant participé aux exactions. Au-delà de la transcription de l’événement, atroce entre tous, et cependant passé sous silence quand bien même il concerne notre destin commun, le film, servi par une écriture cinématographique d’une grande justesse et fait de choix formels très affirmés, est une plongée dans les abysses de l’âme humaine. Il est aussi, et ce n’est pas la moindre de ses vertus, une invitation à réfléchir aux fonctions de l’art face à la barbarie.

Projection suivie d’un débat.

Tag(s) : #Infos et divers, #spécial copinage

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