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Film de Arnaud des Pallières
avec Mads Mikkelsen, 
Melusine Mayance, Delphine Chuillot,
David Bennenet, Bruno Ganz, Denis Lavant ...
Affiche du film

Affiche du film

L'histoire est tirée d'un court roman de Henrich von Kleist publié en 1808, nous racontant l'histoire vraie d'un marchand de chevaux, victime d'une injustice seigneuriale et qui va pour se faire réparation partir en guerre pour faire valoir ses droits.

Ce film d'Arnaud des Pallières est à la fois passionnant par son objet et ses sujets.
Par son objet, il traite de l'injustice et de la question morale, du pardon (Justice des hommes) et de la foi (Justice de Dieu).
Bien sur nous sommes au XVIè siècle et ces débats semblent un peu surréalistes aujourd'hui quand Michaël Kohlhaas et le pasteur qui semblerait être Luther, échangent leurs arguments sur la justice des hommes et l'obéissance à Dieu.

Il y a du « Diable et du Bon Dieu de Sartre dans cette atmosphère mais là Dieu est vraiment présent puisque les hommes acceptent son autorité.
L'objet film nous entraine à pied, à cheval dans les paysages splendides des Cévennes. Gros plan sur les personnages, plan large sur la nature, couleurs sombres, pierres des montagnes, pierres des maisons renforcent l'austérité du propos et une musique prégnante, entêtante, rythme le film.
Quand aux sujets, ils sont remarquables, Mad Mikkelsen joue à l'économie avec une retenue austère, Denis Lavant et tous les autres jouent justes.
Le combat contre l'injustice, si juste soit il fini par remettre en cause l'ordre des choses, Michaël Kohlhaas va dans la justesse de son entêtement en faire le tour et le vivre, plutôt en mourir.
Certes, en obtenant la réparation matérielle pour lui et les siens il jsutifie son combat personnel contre un baron, mais l'ordre féodal ancien ne peut tolérer sa remise en cause en tant qu'Ordre et se servira d'un prétexte pour le tuer.
Et c'est là où je reste sur ma faim, tout en considérant ce film comme profond dans son dépouillement.

 
débat entre Michael Kohlhaas et Luther

débat entre Michael Kohlhaas et Luther

Demander la Justice conduirait-il à la mort ?
N'y aurait il aucun espoir ?
Serions nous condamné à une éternelle injustice sociale ?
Mad Mikkelsen

Mad Mikkelsen

Le roman est écrit en 1808.
Napoléon Empereur des Français (fossoyeur des idées révolutionnaires de Liberté, d'Egalité et de Fraternité), triomphe, il met la pression sur toute l'Europe.
Dans ce même temps, Henrich von Kleist, auteur du roman « La Marquise d'O », est un homme de son Siècle. Issu d'une famille protestante, de militaire (père officier dans l'armée prussienne) il est influencé comme beaucoup de jeunes européens par l'immense clameur de 1789 et la destruction réussie de l'Ancien Régime.
En 1808, ce même Napoléon impose le blocus contre les anglais à toute l'Europe, arrêtant tout ce qui s'y oppose.
Kleist comme des milliers d'autres sera emprisonné plusieurs mois par les français. De quoi être désespéré en effet.
La fin de Michaël Kohlhaas est compréhensible au XVIème siècle, époque où le débat de société passait par le Livre et ses interprétations mes surtout une soumission à Dieu.

Il n'est pas anodin que Kleist écrive cette fin 15 ans après la Révolution Française. Fin sans espérance donc à l'image de nombreux sympathisants de 1789 à travers l'Europe, je pense à Goya pour l'Espagne écoeuré par les crimes commis par les soudards de l'Empire.

 
Henrich von Kleist

Henrich von Kleist

Son questionnement est le notre aujourd'hui.
Un idéal si beau soit-il fait courir le risque d'imposer un nouvel ordre plus contraignant. Je pense que l'environnement de Kleist a pu avoir une une influence sur cet écrit d'ou cette désespérance.
C'est un peu la limite de ce film qui reste formidable et beau.

Jean-Pierre Lefèvre

Tag(s) : #cinéma

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